Chine: Un marché en transformation

Published on 2014年 一月 16日
Chine: Un marché en transformation

Les réformes du nouveau gouvernement chinois impactent fortement le fonctionnement du marché touristique

Avec l’arrivée au pouvoir du Président Xi au printemps 2013, une nouvelle ère s’est peut être ouverte pour la Chine, avec un accent mis très fortement sur la lutte contre les excès des années et des administrations précédentes et un assainissement de l’économie chinoise dans son ensemble.

Cette volonté se manifeste par un programme de réformes très ambitieuses annoncé lors du dernier Plenum du Parti Communiste Chinois, avec des réformes sur le plan social (démantèlement progressif de la politique de l’enfant unique et du contrôle des migrations de population des villes moyennes, lutte contre la corruption, recul de l’influence des gouvernements locaux sur le système judiciaire, suppression progressive des camps de travail…) et également économique (dérégulation des taux d’intérêts, réforme fiscale, développement des zones de libre-échange sur le modèle de celle de Shanghai, rééquilibrage de la relation entre les sociétés d’Etat et le secteur privé, sans pour autant remettre en question les monopoles d’Etat dans les secteurs-clef, recentrage de la croissance sur l’économie verte, la haute technologie et l’innovation en général…)

Le marché chinois est fortement affecté depuis quelques mois par ce changement des pratiques administratives en Chine.

La nouvelle règlementation sur le tourisme chinois, annoncée au début de l’été 2013 mais mise en place essentiellement à partir de l’automne, juste avant les fériés de la Fête Nationale, vise ainsi à remettre en question le mode de fonctionnement classique des tour-leaders chinois, guides indépendants qui « achètent » les clients aux tour-opérateurs, vendent des activités optionnelles lors des séjours et se rémunèrent sur les commissions du shopping,et à inciter les tour-opérateurs à recruter les guides comme employés permanents et à passer d’un business model basé sur les commissions et kick-backs à un autre, plus sain sans doute, basé sur les prix de vente réels et la recherche de la qualité.

La question est désormais de savoir si la loi va vraiment être appliquée dans la durée et hors des frontières, alors que les mesures de surveillance de la CNTA ne sont plus appliquées depuis la mi-octobre.

Il est également nécessaire d'évaluer la hausse des prix des packages qui serait nécessairement causée par la disparition des commissions et l’impact sur le cout de production des packages des salaires des tour-leaders, désormais employés permanents.

Il est encore trop tôt pour estimer de façon certaine l’effet sur les prix de vente pour l'Europe mais il est estimé à +20 ou +30%, très significatif mais beaucoup moins que pour l'Australie et l'Asie du sud-est (+100%). A voir durant la saison hivernale si cet écart de prix entraînera un reflux de clients de l'Australie, devenue plus chère, vers l'Europe... Un examen des catalogues et un suivi des résultats des agences seront nécessaires pour se faire une idée de l'impact réel des mesures sur les prix des voyages.

Le deuxième facteur affectant le marché est la lutte contre la corruption et les dépenses somptuaires, qui freine les voyages des délégations officielles et les achats de cadeaux de destinés aux dirigeants chinois. Les effets s’en font sentir depuis l’automne. De nombreux secteurs sont affectés alors que les fonctionnaires chinois et leurs interlocuteurs du secteur privé, redécouvrent une certaine austérité : voitures de luxe, alcools, diners de gala, montres… Les voyages à l’étranger subissent naturellement cette influence étant donné leur forte « visibilité » et les budgets souvent importants qu’ils nécessitent.

De nouvelles mesures ont ainsi été annoncées : à partir de 2014, les agents des administrations et sociétés publiques chinoises ne pourront plus obtenir de nouveaux passeports personnels utilisables en plus de leurs passeports de service. Autrement dit, même pour leurs déplacements personnels, les nouveaux agents seront tenus d’utiliser leurs passeports de services,signifiant que leurs sorties du territoire seront plus facilement contrôlées par l’administration, ces passeports nécessitant une autorisation de sortie du territoire pour se rendre à l’étranger. 

Ces nouvelles mesures, destinées à éviter les séjours de loisir à l’étranger financés sur de l’argent public, devraient exercer une pression additionnelle sur le marché des délégations en 2014.

L’un des grands enjeux de 2014 sera certainement la “bataille des visas”. La Grande-Bretagne a annoncé de nouvelles mesures de facilitation, permettant aux voyageurs déjà titulaires d’un visa Schengen et passant par des TO chinois sélectionnes d’obtenir automatiquement un visa UK. La Grande-Bretagne accueille environ 200 000 Chinois par an et a longtemps été pénalisée par sa non-appartenance à Schengen, impliquant donc l’obtention de 2 visas pour les séjours Europe. Cette nouvelle démarche devrait la rendre beaucoup plus compétitive.

La France va, de son coté, accélérer la vitesse de traitement des visas pour pouvoir répondre à toutes les demandes en 48H tout au long de l’année. Toutes les autres destinations étudient les possibilités d’utilisation et d’évolution de leurs systèmes de gestion des visas pour en faire des instruments de promotion et d’attractivité.

L’aérien est aussi le cadre d’une compétition toujours plus intensive. Qatar Airways dessert ainsi Hangzhou depuis le mois de décembre, Emirates desservira Taiwan à partir de février, Aigle Azur reliera Paris et Pékin à partir de juin… Les mois qui viennent verront très certainement la mise en place de nouveaux vols, charters et réguliers, reliant la Chine aux diverses
destinations qui recherchent cette clientèle en forte croissance.

Pour la France spécifiquement, les nombreuses célébrations du 50e anniversaire des relations franco-chinoises, qui débutent le 27 janvier et dureront toute l’année, génèreront de nombreux déplacements et contribueront à maximiser la visibilité de la France sur le marché chinois.

La progression très forte de la clientèle individuelle au départ de Pékin et de Shanghai (taux de progression des demandes de visas individuels de l’ordre de 80% en 2013) constitue aussi un facteur d’optimisme pour le développement du marché en 2014, même si le segment des délégations publiques et parapubliques demeurera certainement déprimé durant les mois qui viennent.

Globalement, le marché a probablement cru de 20% environ en 2013 (chiffres définitifs disponibles cet été) et une croissance du même ordre est certainement envisageable pour 2014.

Hong Kong

Le marché hongkongais a bien terminé l’année avec une hausse de 10% des ventes des produits de Noel.

Les professionnels anticipent +5% de ventes en 2014, avec notamment le développement des croisières et des voyages à thème.

A noter, cependant, qu’AF vient d'annoncer la suppression des vols de jour vers la France au départ de Hong Kong, pour des raisons de rentabilité insuffisante,réduisant donc sa capacité aérienne locale de 50%. Le vol de nuit, très apprécié de la clientèle d'affaires, est maintenu.  

Taiwan 

La France est demeurée en 2013 la première destination européenne pour les Taiwanais, avec 160 000 touristes environ et des séjours de 8 jours en moyenne.

On note tout de même un ralentissement au dernier trimestre, causé par la baisse du Yen qui a rendu le Japon, très accessible par low-cost, très attractif pour le shopping.

La concurrence américaine est également très forte, 2013 ayant été la première année durant laquelle les touristes taiwanais sont accueillis aux USA sans visas.

Comme à Hong Kong, le segment des croisières se développe. Le marché se libéralise progressivement, avec davantage de vente de en ligne, de petits groupes sur mesure, des départs de dernière minute et une tendance croissante des professionnels taiwanais à contracter directement avec les fournisseurs étrangers.